Plusieurs syndicats français de journalistes ont vivement critiqué, dimanche, la visite en France du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, estimant que son invitation constitue une « provocation » à l’égard des défenseurs de la liberté de la presse. « Après un précédent en juillet 2022, cette nouvelle invitation du prince héritier par Emmanuel Macron sonne comme une provocation pour les défenseurs de la liberté de la presse et de la liberté d’expression », écrivent dans un communiqué commun le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et le SGJ-FO.
Les quatre organisations remettent notamment en avant le cas de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien critique du pouvoir et résident aux Etats-Unis, assassiné en octobre 2018 dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Son corps, démembré après sa mort, n’a jamais été retrouvé. Les services de renseignement américains avaient pointé la responsabilité directe de Mohammed ben Salmane dans cette affaire. Les syndicats rappellent également qu’une plainte pour « tortures et disparitions forcées », déposée en 2021 par Trial International et Reporters sans frontières (RSF) concernant la disparition du journaliste, est toujours en cours d’instruction. Ils soulignent enfin que, selon le décompte de RSF, 18 journalistes sont actuellement emprisonnés en Arabie saoudite.
La visite du prince héritier doit débuter dimanche par la cérémonie de clôture de l’Esports World Cup, une compétition de jeux vidéo. Elle se poursuivra lundi, avec la conclusion attendue de « nombreux accords », selon l’Elysée. Les entretiens entre Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane doivent également porter sur plusieurs dossiers diplomatiques et sécuritaires : la crise entre l’Iran et l’Arabie saoudite, la fermeture du détroit d’Ormuz, le conflit israélo-palestinien et la solution à deux Etats, ainsi que les situations au Liban et en Syrie. La présidence française n’a pas précisé si la question des droits humains et de la liberté de la presse serait abordée lors des échanges entre les deux dirigeants.
