Moody’s n’a finalement procédé à aucune modification de la notation française. Dans un communiqué, l’agence a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une « action de crédit », laissant entendre qu’elle attendait davantage de visibilité sur la situation politique et budgétaire du pays avant de réévaluer sa position.
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est immédiatement félicité de cette décision sur X, estimant qu’elle « déjoue les pronostics déclinistes » de « ceux qui spéculent sur la dette française ». Il a salué les forces politiques qui, malgré l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, ont accepté d’engager les discussions budgétaires dans un calendrier qu’il juge normal. « Ce signal montre à nos prêteurs qu’il existe un chemin. Il nous appartient de le poursuivre pour donner à la France un budget d’ici la fin de l’année », a-t-il ajouté.
Un maintien sous conditions
La note Aa3 attribuée par Moody’s correspond à une dette de bonne qualité, mais sa perspective négative indique qu’une dégradation reste possible. L’agence justifie son appréciation par l’hypothèse qu’un budget pour 2027 permettant de réduire le déficit public sera adopté et que « les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois ». Le ministre de l’économie et des finances, Roland Lescure, a également salué la décision, qu’il interprète comme « un appel à la responsabilité », notamment par l’adoption d’un budget ramenant le déficit à 5 % du produit intérieur brut (PIB).
Moody’s se montre toutefois moins optimiste que le gouvernement sur la trajectoire économique. L’agence prévoit un déficit public de 5,2 % du PIB en 2027, après 5,4 % en 2026. Elle table sur une croissance « légèrement plus faible que les projections du gouvernement », qui anticipe une progression du PIB de 1 %.
Des taux d’emprunt au plus haut depuis 2002
Le maintien de la note intervient alors que les marchés financiers manifestent des inquiétudes croissantes sur les finances publiques françaises. Le rendement des obligations d’État françaises à dix ans a frôlé 5,14 % jeudi, un niveau inédit depuis juin 2002, avant de s’établir à 5,01 % à la clôture vendredi.
Cette hausse renchérit le coût auquel l’État finance sa dette et renouvelle les emprunts arrivant à échéance. La charge des intérêts devrait atteindre 91 milliards d’euros en 2027, selon les chiffres cités par la présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin. La dette publique française pourrait, elle, grimper à 121,7 % du PIB l’an prochain.
Amélie de Montchalin (Ancienne Ministre des Comptes publics) a mis en garde contre le risque d’un « étouffement financier » si la trajectoire de la dette n’est pas maîtrisée.
Moody’s estime néanmoins qu’une hausse des taux ne pèserait significativement sur la soutenabilité de la dette que si elle se maintenait « sur une période prolongée ». L’agence souligne en revanche le « risque accru que la fragmentation du paysage politique français continue de nuire au fonctionnement des institutions législatives ».
Le gouvernement doit parvenir à faire adopter un budget qui réduise le déficit, dans un contexte parlementaire incertain et de tensions sociales persistantes. La prochaine échéance importante pour la notation française est désormais fixée au 27 novembre, date à laquelle S&P Global Ratings doit réexaminer la note du pays.
