Shaïna Hansye avait 13 ans lorsqu’elle passe pour la première fois les portes du commissariat afin déposer une première plainte pour viol en réunion survenu dans une clinique désaffectée de Creil, dans l’Oise. Lors de sa première plainte, un rapport d’enquête mentionne que la jeune fille « ne manifeste aucune émotion particulière ». Le médecin légiste note qu’elle « se déshabille facilement ». Une magistrate demande aux accusés ce qu’ils savent de la « réputation » de la plaignante. Pour Me Haeri, ces éléments traduisent en réalité une difficulté persistante à reconnaître la parole des victimes, surtout lorsque leur comportement ne correspond pas à des représentations stéréotypées. Ce viol en réunion est filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. Shaïna change de collège mais sa réputation de prétendue « fille facile » la poursuit.
L’année suivante, après avoir été violemment agressée en représailles par une dizaine d’individus parmi lesquels son premier agresseur, elle engage une nouvelle procédure judiciaire. Malgré ces démarches, les violences se poursuivent. Un an plus tard, le 25 octobre 2019, la jeune fille de 15 ans est assassinée à Creil, dans l’Oise. Elle est poignardée à plusieurs reprises puis brûlée vive dans la cité où elle vivait. Elle venait d’apprendre quelques jours auparavant qu’elle était enceinte et voulait garder l’enfant.