L’Assemblée nationale a adopté en première lecture, par 144 voix contre 22, une proposition de loi portée par le député écologiste Benoît Biteau visant à limiter l’exposition de la population au cadmium, un métal lourd classé cancérogène et reconnu pour ses effets toxiques sur les reins, les os et la reproduction. Le texte prévoit un abaissement progressif mais accéléré des teneurs maximales autorisées en cadmium dans les engrais phosphatés. La limite serait fixée à 40 milligrammes par kilogramme dès 2027, puis à 20 mg/kg à partir de 2030. La France bénéficie aujourd’hui d’une dérogation lui permettant d’autoriser jusqu’à 90 mg/kg, contre 60 mg/kg dans le reste de l’Union européenne.
Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), l’alimentation constitue la principale source d’exposition au cadmium, notamment à travers les céréales. En 2025, près de la moitié de la population française présentait des niveaux d’exposition supérieurs aux valeurs sanitaires de référence. Les défenseurs du texte estiment que la réduction de la présence de ce métal dans les engrais est indispensable pour limiter sa concentration dans les sols agricoles puis dans les aliments consommés par la population. La proposition de loi, également portée par Clémentine Autain, a été soutenue par l’ensemble de la gauche ainsi que par les groupes Renaissance, MoDem et Horizons.
Le gouvernement ne regarde que les conséquences économiques
L’exécutif s’est opposé au texte. Le gouvernement défend une trajectoire plus progressive, avec un seuil de 20 mg/kg atteint seulement en 2038. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a reconnu une « sur-imprégnation » de la population française au cadmium par rapport à ses voisins européens, tout en estimant que la baisse votée par les députés risquait de fragiliser certaines filières agricoles. Plusieurs élus ont également évoqué le risque de tensions sur l’approvisionnement en phosphates pauvres en cadmium, une ressource concentrée dans un nombre limité de pays producteurs.
Les promoteurs du texte contestent cette analyse. Selon Benoît Biteau, les technologies de « décadmiation » permettraient de maintenir les approvisionnements tout en limitant l’impact financier pour les agriculteurs. Le texte doit désormais poursuivre son parcours législatif au Sénat.

