Au Festival de Cannes, le patron de Canal+ annonce, en représailles, vouloir cesser de travailler avec les signataires de la tribune « Zapper Bolloré »

Une semaine après la publication d’une tribune dans Libération signée par plus de 600 professionnels du cinéma dénonçant l’emprise croissante de Vincent Bolloré sur la filière, le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a affirmé ne plus vouloir travailler avec ses signataires.

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Illustration. Façade du Festival de Cannes en 2019. © DARYA SANNIKOVA

La riposte n’aura pas tardé. Une semaine après la publication, dans Libération, d’une tribune du collectif « Zapper Bolloré » dénonçant l’extension de l’influence de Vincent Bolloré sur l’industrie cinématographique française, le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a répondu publiquement en marge du Festival de Cannes. Lors du traditionnel brunch des producteurs, dimanche, le dirigeant a déclaré ne plus souhaiter « que Canal+ travaille avec les signataires de cette tribune », selon des propos rapportés par Le Film français. Une déclaration qui marque un changement de ton après plusieurs jours de silence du groupe audiovisuel, contrôlé par… Vincent Bolloré.

« J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes de Canal+ qui s’attachent à défendre l’indépendance du groupe dans toute la diversité de ses choix », a justifié Maxime Saada. « Si certains en viennent à qualifier Canal+ de “crypto-fasciste”, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux. La limite est là. »

Une tribune contre la concentration du secteur

Publiée à la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, la tribune du collectif « Zapper Bolloré », signée par plus de 600 professionnels du cinéma, s’inquiète du renforcement de la position du groupe Canal+ dans l’écosystème cinématographique français. Le texte vise en particulier la montée au capital d’UGC par Canal+, entré à hauteur de 34 % en octobre 2025, avec une option d’acquisition totale d’ici à 2028. Pour ses auteurs, cette opération ferait de Vincent Bolloré un acteur en mesure de contrôler l’ensemble de la chaîne du cinéma, du financement à la diffusion.

Les signataires, parmi lesquels Juliette Binoche, Raymond Depardon, Jean-Pascal Zadi, Adèle Haenel ou encore Boris Lojkine, dénoncent non seulement une concentration économique, mais aussi un risque idéologique. Le collectif évoque explicitement le « projet civilisationnel » porté, selon lui, par le milliardaire breton à travers ses médias et ses activités éditoriales. Acteur central du financement du cinéma français via Canal+ et StudioCanal, le groupe contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré occupe une place importante dans le secteur. Toute rupture affichée avec une partie des professionnels signataires pourrait donc avoir des conséquences concrètes sur certains projets. Ses dirigeants revendiquent ce rôle comme une garantie de pluralisme. À l’inverse, une partie des professionnels redoute qu’une concentration accrue du secteur entre les mains d’un même groupe ne réduise progressivement les marges d’autonomie artistique.

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