La mort de Lyhanna continue de provoquer une onde de choc au sommet de l’État. Lundi matin, Gérald Darmanin réunit place Vendôme les 36 procureurs généraux de France pour leur demander de passer au crible l’ensemble des plaintes concernant des enfants victimes actuellement traitées par la justice. Selon le ministre de la justice, qui est en fonction depuis le 23 décembre 2024, ce travail devra être achevé avant le 14 juillet. « On va prendre ressort par ressort, toutes les plaintes », a-t-il ainsi déclaré dimanche sur LCI, promettant qu’« il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant que ce recensement n’aura pas été mené à son terme.
Cette initiative intervient quelques jours après la découverte du corps de Lyhanna, 11 ans, dont l’identification a été confirmée par comparaison ADN. Le principal suspect, Jérôme Barella, déjà visé par neuf procédures pour des faits sexuels sur mineures, est mis en examen dans le dossier.
L’exécutif met en cause le traitement des signalements
Depuis les premières révélations sur le parcours judiciaire du suspect, l’exécutif a multiplié les prises de parole. Vendredi, Gérald Darmanin a présenté ses « excuses » à la famille de la jeune victime au nom de l’institution judiciaire, estimant que celle-ci avait « failli dans le suivi des plaintes » visant le suspect. Le garde des sceaux a également évoqué de possibles sanctions disciplinaires si des « fautes professionnelles » étaient établies. Quelques heures plus tôt, Emmanuel Macron avait dénoncé un « dysfonctionnement » qu’il a jugé « inacceptable », tandis que le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé qu’une enquête administrative conjointe soit menée par l’Inspection générale de la justice, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale et l’Éducation nationale. Les premières conclusions sont attendues dans un délai de quinze jours.
Au cœur des interrogations figure une procédure ouverte en août 2025 après la plainte de la mère d’une fillette de 11 ans dénonçant des viols présumés commis par le suspect. Après plusieurs actes d’enquête et des examens médico-légaux jugés concordants avec les déclarations de l’enfant, le parquet de Toulouse avait transmis le dossier à celui d’Auch, territorialement compétent. Selon les éléments connus à ce stade, le dossier n’a été adressé à la gendarmerie de Lectoure qu’en janvier 2026. Le suspect n’avait toujours pas été entendu lorsque Lyhanna a disparu.
Pour Gérald Darmanin, cette affaire révèle une « absence de priorisation » alors qu’« un viol sur enfant, c’est urgence absolue ». Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a lui aussi évoqué des éléments d’enquête « assez accablants » qui auraient dû conduire à une prise en charge plus rapide du dossier.
Magistrats et associations dénoncent un manque de moyens
Les déclarations du garde des sceaux ont toutefois suscité des réactions au sein de l’institution judiciaire. Dans un communiqué commun, la Conférence nationale des procureurs généraux et la Conférence nationale des procureurs de la République ont rappelé qu’aucune responsabilité individuelle ne pouvait être établie avant les conclusions de l’inspection en cours. L’Union syndicale des magistrats, principal syndicat de la profession, a également mis en garde contre la recherche de « boucs émissaires », tout en soulignant la multiplication des instructions ministérielles adressées aux juridictions ces derniers mois. Au-delà des responsabilités éventuelles, la question des moyens de la justice ressurgit. Selon Frédéric Chevallier, président de la Conférence nationale des procureurs de la République, la France compte environ trois procureurs pour 100 000 habitants, contre plus de douze en moyenne dans les autres pays européens.
Parallèlement à cette séquence judiciaire et politique, plusieurs collectifs féministes et associations de protection de l’enfance appellent à des rassemblements lundi soir devant le ministère de la justice et devant une centaine de tribunaux en France. La Fondation des femmes dénonce une « défaillance systémique des institutions » dans la prise en charge des violences sexuelles faites aux mineurs et réclame l’adoption d’une loi globale sur les violences sexuelles visant les femmes et les enfants.

