« La victoire est possible. » Jean-Luc Mélenchon a donné, dimanche 23 août, le ton de la rentrée politique de La France insoumise (LFI). Devant 10 000 personnes et près de 30 000 personnes en ligne, selon les organisateurs, réunies à Châteauneuf-sur-Isère, près de Valence (Drôme), le fondateur du mouvement a cherché à installer l’écologie au premier plan de son projet présidentiel.
« Changement climatique, le mot est presque rassurant. En fait, nous allons tous bientôt débarquer sur une autre planète en sortant de chez nous », a lancé l’ancien sénateur socialiste au cours d’un discours de quarante-cinq minutes. Pour y répondre, Jean-Luc Mélenchon estime « vital de tout changer dans nos manières de vivre, de produire et d’échanger », dénonçant par la même occasion le « règne du chacun pour soi néolibéral et de l’irresponsabilité écologique ».
Une « conscription écologique » face aux catastrophes
Au cœur de son intervention figure la proposition de créer une « conscription écologique », qui alimenterait une garde régionale de la sécurité civile susceptible d’intervenir en renfort lors des épisodes de crise. « Pourquoi la conscription écologique ? Pour garantir de pouvoir mobiliser en masse une réserve nombreuse et formée », a expliqué la tête de La France Insoumise, après un été marqué par d’importants incendies en France. Le dispositif doit, selon lui, permettre de développer une « culture écologique pratique » et d’épauler les équipes permanentes de la sécurité civile.
La proposition rappelle celle d’une « conscription citoyenne » défendue par Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle de 2022. Celle-ci devait durer neuf mois et être rémunérée au niveau du smic. Cette orientation doit aussi permettre à LFI d’« incarner la candidature écolo », selon les termes employés ce week-end par le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard.
Des régions transformées en « écorégions »
Jean-Luc Mélenchon a également repris son projet de transformation des régions administratives en « écorégions », dont les frontières seraient déterminées à partir des bassins versants des cours d’eau. Ces nouvelles collectivités seraient chargées de « l’eau, de l’air, des côtes maritimes, des forêts, de la fertilité des sols, des mobilités, de l’économie circulaire et de la santé publique environnementale ».
Elles pourraient également disposer, dans ces domaines, d’un « pouvoir normatif », a-t-il avancé. La France insoumise n’a toutefois pas encore présenté le découpage précis de ces futures écorégions. Le dirigeant insoumis entend ainsi prolonger sa doctrine de « planification écologique », alors que les conséquences du changement climatique ont occupé une place importante dans l’actualité estivale.
LFI cherche à s’imposer comme la candidature écologiste à gauche
Cette stratégie intervient alors que Jean-Luc Mélenchon est donné en tête des personnalités de gauche dans les sondages cités lors de cette rentrée politique, derrière Edouard Philippe.Les Insoumis espèrent notamment convaincre une partie des Ecologistes, alors que la perspective d’une candidature autonome de leur dirigeante Marine Tondelier fait débat au sein de son parti.
LFI conserve en mémoire le précédent de 2022. Le mouvement considère que la candidature du communiste Fabien Roussel avait contribué à empêcher Jean-Luc Mélenchon, auquel environ 420 000 voix avaient manqué, de se qualifier pour le second tour. Le candidat insoumis s’est toutefois gardé de viser directement ses concurrents à gauche. « Le plus important, ce n’est pas le nombre de candidatures, c’est le nombre d’électeurs », a-t-il affirmé. « Nous venons honnêtement en disant ce que nous allons faire, en proposant clairement, nettement, comment le faire. Et nous renvoyons chacun à sa conscience », a-t-il ajouté.
La menace d’une censure sur le budget 2027
La rentrée de Jean-Luc Mélenchon n’a pas été exclusivement consacrée à l’écologie. Le dirigeant de LFI a confirmé que son groupe entendait censurer le gouvernement de Sébastien Lecornu sur son projet de budget pour 2027, qui va selon lui « aggraver tous les maux » de l’économie française. Il a parallèlement promis, en cas d’arrivée au pouvoir, de « remettre de l’ordre dans les comptes publics » en augmentant notamment la contribution fiscale des grandes fortunes et des multinationales.
Jean-Luc Mélenchon a en somme vivement attaqué « la grande conversion de la droite et du centre en un bloc idéologique unique », qu’il a rapprochée de ceux qui, dans les années 1930, disaient « plutôt Hitler que le Front populaire ». Entre offensive écologique et préparation de l’affrontement budgétaire, LFI entend ainsi utiliser cette rentrée pour installer progressivement son projet dans la campagne présidentielle.
