Avec la disparition d’Edgar Morin, la France perd l’une de ses figures intellectuelles les plus singulières et les plus influentes. Sa mort, annoncée vendredi par son épouse Sabah Abouessalam Morin, a suscité une vague d’hommages dans le monde politique, universitaire et culturel.
« Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée », a-t-elle déclaré dans un communiqué transmis à la presse. « Aujourd’hui, le vide qu’il laisse est immense. Mais son courage, sa fidélité aux êtres et aux idées, son exigence morale et son espérance continuent de nous accompagner. » Jusqu’à un âge avancé, le philosophe continuait de publier, d’intervenir dans les médias et de participer au débat public. Son dernier ouvrage, Y a-t-il des leçons de l’Histoire ?, était paru en 2025.
Un parcours marqué par les combats du XXe siècle
Né Edgar Nahoum le 8 juillet 1921 à Paris dans une famille juive originaire de Salonique, en Grèce, il est très tôt confronté aux bouleversements de son époque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la Résistance et adopte le pseudonyme de Morin, qu’il conservera toute sa vie. Comme beaucoup d’intellectuels de sa génération, il adhère ensuite au Parti communiste français avant de s’en éloigner progressivement.
Son livre Autocritique, publié en 1959, demeure l’un des témoignages les plus remarqués sur les illusions et les désillusions du communisme français. Il y revient notamment sur ses propres aveuglements face au stalinisme. Par la suite, Edgar Morin participe à de nombreux combats intellectuels et politiques, notamment contre la guerre d’Algérie, dont il devient l’un des opposants au sein du monde universitaire.

