Le tribunal correctionnel de Mende a reconnu José Pereira Mendes coupable de l’ensemble des faits qui lui étaient reprochés. Outre la peine de prison, les juges ont prononcé une interdiction définitive d’exercer la profession de dentiste ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français. L’homme avait exercé comme chirurgien-dentiste libéral entre 2018 et début 2021 dans la région de Mende. Il comparaissait depuis mercredi pour « violences suivies de mutilation ou infirmité permanente », « escroquerie au préjudice d’un organisme de protection sociale », « abus de confiance » et « blanchiment ».
Le procureur de la République, Valéry Morron, avait requis sept ans d’emprisonnement, dénonçant un praticien ayant utilisé ses compétences « à la seule fin de récupérer des sommes indues, en mutilant ses patients ». Pendant l’audience, plusieurs anciens patients ont décrit des interventions lourdes, réalisées sans justification médicale, consistant notamment à arracher des dents saines avant la pose d’implants défectueux. Quarante-quatre victimes ont été identifiées dans le dossier d’instruction, mais les investigations de l’Assurance maladie ont relevé 1234 anomalies dans 131 dossiers, pour un préjudice estimé à plus de 330 000 euros.
À la barre, les témoignages ont évoqué des conséquences physiques durables et des traumatismes vécus. « Je suis allée le voir pour un abcès, il m’a arraché toutes mes dents », a raconté une patiente de 47 ans. Une autre femme a expliqué devoir désormais préparer des repas mixés pour son mari, âgé de 41 ans, incapable de se nourrir normalement après les interventions. Un patient de 54 ans a décrit « une boucherie », affirmant avoir subi quatorze extractions dentaires en deux heures.
Une affaire qui rappelle le procès des dentistes Guedj
Avant le délibéré, José Pereira Mendes a assuré avoir voulu « soigner » ses patients et améliorer leur avenir, regrettant que « les choses n’aient pas bien marché ». Son avocat, Me Kominé Bocoum, a plaidé l’absence d’intention de nuire ou d’enrichissement personnel délibéré. Les parties civiles ont au contraire dénoncé un système reposant sur des extractions systématiques et des actes facturés de manière abusive. « Arracher, implanter, facturer : voilà son credo », a résumé l’une des avocates des victimes. Le parquet a qualifié ce dossier d’« affaire hors norme », évoquant notamment le précédent des dentistes marseillais Lionel et Jean-Claude Guedj, condamnés en 2023 pour avoir mutilé plusieurs centaines de patients dans les quartiers populaires de Marseille.
L’Ordre des chirurgiens-dentistes, constitué partie civile, a estimé que cette affaire avait porté atteinte à l’image de l’ensemble de la profession. La question des indemnisations sera examinée lors d’une audience fixée au 7 décembre. Le tribunal a toutefois ordonné le versement immédiat de provisions de plusieurs milliers d’euros à plusieurs victimes.

