« Shaïna, histoire d’un mépris criminel », sur Arte.tv : une série documentaire sur l’affaire d’un abandon judiciaire jusqu’au drame

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La famille de Shaïna Hansye, entourée de ses avocats, à la cour d’appel d’Amiens, le 27 février 2025. © DÉCHIFFREUR / DORIAN BELLER
La famille de Shaïna Hansye, entourée de ses avocats, à la cour d’appel d’Amiens, le 27 février 2025. © DÉCHIFFREUR / DB

Shaïna Hansye avait 13 ans lorsqu’elle passe pour la première fois les portes du commissariat afin déposer une première plainte pour viol en réunion survenu dans une clinique désaffectée de Creil, dans l’Oise. Lors de sa première plainte, un rapport d’enquête mentionne que la jeune fille « ne manifeste aucune émotion particulière ». Le médecin légiste note qu’elle « se déshabille facilement ». Une magistrate demande aux accusés ce qu’ils savent de la « réputation » de la plaignante. Pour Me Haeri, ces éléments traduisent en réalité une difficulté persistante à reconnaître la parole des victimes, surtout lorsque leur comportement ne correspond pas à des représentations stéréotypées. Ce viol en réunion est filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. Shaïna change de collège mais sa réputation de prétendue « fille facile » la poursuit.

L’année suivante, après avoir été violemment agressée en représailles par une dizaine d’individus parmi lesquels son premier agresseur, elle engage une nouvelle procédure judiciaire. Malgré ces démarches, les violences se poursuivent. Un an plus tard, le 25 octobre 2019, la jeune fille de 15 ans est assassinée à Creil, dans l’Oise. Elle est poignardée à plusieurs reprises puis brûlée vive dans la cité où elle vivait. Elle venait d’apprendre quelques jours auparavant qu’elle était enceinte et voulait garder l’enfant.

La police avait été informée des violences subies par l’adolescente, notamment à travers les plaintes déposées. La question du suivi de ces signalements et de la protection apportée à la victime se pose, au regard de l’issue tragique. Le terme d’« assassinat » s’impose dans ce dossier, tant par la brutalité des faits que par leur caractère prémédité. Le documentaire Shaïna, histoire d’un mépris criminel revient sur cette affaire, en suivant notamment l’avocate de la famille et les proches de Shaïna dans leur long combat judiciaire, qui aura duré presque 10 ans. Le documentaire s’attache à retracer le parcours de la jeune fille et à interroger les mécanismes et les failles de la justice ayant conduit à un tel enchaînement de violences. Son histoire, racontée par Me Negar Haeri, l’avocate de la famille dans La Jeune Fille et la Mort (Éditions du Seuil), illustre les défaillances de la justice face aux violences faites à Shaïna.

l’avocate de la famille de Shaïna Hansye, Me Negar Haeri , à la sortie du délibéré du jugement en première instance pour le passage à tabac de Shaïna quelques mois avant son assassinat © DECHIFFREUR / DB
l’avocate de la famille de Shaïna Hansye, Me Negar Haeri , à la sortie du délibéré du jugement en première instance pour le passage à tabac de Shaïna quelques mois avant son assassinat
© DECHIFFREUR / DB

Trois procès distincts ont été organisés après l’assassinat de la jeune fille. Dans le premier volet du dossier, les faits initialement qualifiés de « viol en réunion » ont été requalifiés en « agression sexuelle ». Les prévenus ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. Le deuxième procès, relatif aux violences physiques, a abouti à une peine de 20 mois, dont 14 mois ferme. Pour le troisième volet de cette affaire, l’auteur du meurtre a été condamné en 2023 à 18 ans de réclusion criminelle, alors que le parquet avait requis 30 ans.

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