En début d’après-midi, la place se remplit progressivement. Des groupes arrivent par petites grappes, drapeaux syndicaux à la main, pancartes improvisées ou slogans soigneusement tracés. La sono diffuse de la musique. « On veut plein de maires noirs contre la peste brune » ou encore « Non à la haine, non au racisme », peut-on lire sur un carton brandi à hauteur de visage. Un peu plus loin, des voix s’élèvent : « Résistance ! Résistance ! ».
Quelques jours plus tôt, des propos tenus à la télévision avaient déclenché une vague d’indignation. Sur CNews, un intervenant avait évoqué des comparaisons jugées racistes à l’encontre du nouveau maire de Saint-Denis. Depuis, les réactions se sont multipliées, tout comme les messages hostiles sur les réseaux sociaux. Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « injure publique » à caractère raciste, ainsi qu’une autre pour cyberharcèlement. Le nouveau Maire déplorait un climat marqué par un « racisme plus affirmé » et « quasi débridé » et demande à l’Arcom d’agir en ce sens « Est-ce que nous sommes obligés d’avoir une offre médiatique avec des chaînes racistes comme CNews et d’autres ? Moi je dis que non », a-t-il poursuivi.
Parmi les manifestants, les récits se ressemblent. Nombreux sont venus pour « soutenir Bally » face à des « attaques inadmissibles », « Le racisme, c’est un délit, et on en fait une opinion. » Certains évoquent aussi des tensions politiques plus anciennes, notamment avec le Parti socialiste, présent mais critiqué pour ses prises de position passées durant la campagne municipale.








« Nous sommes la France »
Lorsque Bally Bagayoko prend la parole, la place est désormais pleine. Il évoque une « campagne de haine » et appelle à une mobilisation collective contre le racisme. « Nous sommes la France », lance-t-il à plusieurs reprises, repris par la foule. Le maire, élu dès le premier tour le 15 mars, dénonce « des institutions défaillantes » et un climat qu’il juge de plus en plus permissif à l’égard des discriminations.
À ses côtés, Jean-Luc Mélenchon évoque « une vague de racisme » qu’il attribue à certains milieux politico-médiatiques. Sur scène, les élus se succèdent. Autour du maire, plusieurs figures de la gauche, dont Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot, David Guiraud, prennent place. La présidente de la Ligue des Droits de l’Homme Nathalie Tehioainsi ainsi que le président de SOS Racisme Dominique Sopo figuraient également parmi les participants, aux côtés de forces syndicales, collectifs et membres de la société civile.











La manifestation se conclut par une Marseillaise, entonnée face à l’hôtel de ville. Selon une source policière, environ 6 000 personnes ont participé au rassemblement, sans incident. Avant de quitter la tribune, Bally Bagayoko annonce déjà la suite : un nouveau rendez-vous est fixé au 3 mai, cette fois à Paris, pour prolonger la mobilisation contre le racisme. En toile de fond, la polémique reste vive. La chaîne CNews conteste tout propos raciste, tandis que l’Arcom poursuit l’examen des séquences signalées et que la justice poursuit ses investigations.

