Violence contre les femmes : l’ONU parle désormais d’une « urgence mondiale »

Face à une progression préoccupante des violences visant les femmes, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a mis en garde le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

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Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk. © PHOTO ONU /VIOLAINE MARTIN / DR

En présentant son rapport annuel à Genève, le Haut-Commissaire a rappelé qu’environ 50 000 femmes et filles ont été tuées en 2024, souvent par un membre de leur entourage. Cette estimation, qui concentre une part importante des violences intrafamiliales, décrit un phénomène enraciné où les femmes restent fréquemment exposées sans bénéficier de mécanismes de protection adaptés.

Dans son allocution, Volker Türk a évoqué les mesures imposées par les autorités en Afghanistan, où les droits fondamentaux des femmes se trouvent fortement restreints. Il estime que le modèle appliqué s’apparente à un apartheid, non pas fondé sur la race mais sur le sexe. Les restrictions concernant l’accès à l’éducation, aux déplacements et à l’emploi dessinent un environnement où les femmes sont progressivement exclues de la vie publique, accentuant leur vulnérabilité et réduisant les possibilités de recours.

Les affaires Epstein et Pelicot, révélatrices d’un système qui faillit

Le Haut-Commissaire a également cité deux dossiers marquants. Celui de Jeffrey Epstein, dont les agissements ont mis en lumière l’existence de réseaux d’exploitation fondés sur l’impunité et le silence imposé aux victimes et celui de Gisèle Pelicot, victime de viols organisés par son ex-mari, Dominique Pelicot, impliquant un grand nombre d’hommes.

Ces affaires montrent, selon Volker Türk, l’ampleur de l’exploitation que subissent encore aujourd’hui de nombreuses femmes et jeunes filles, souvent dans un contexte où le poids social ou la position de certains agresseurs retarde ou empêche la reconnaissance des faits. Il pose une question directe : peut-on réellement croire qu’il n’existe pas d’autres individus agissant de la même manière ? Une interrogation qui renvoie à la nécessité d’améliorer les dispositifs de signalement et d’enquête.

Des mécanismes sociaux qui favorisent le silence

Le Haut-Commissaire insiste sur un point : ces violences ne s’expliquent pas uniquement par les comportements de certains individus mais par des systèmes sociaux qui maintiennent les victimes dans la crainte et favorisent l’impunité.
Il souligne que les États ont la responsabilité d’enquêter sur tous les crimes signalés, de soutenir les victimes et d’assurer des procédures judiciaires transparentes. Il appelle également à des efforts plus soutenus pour éviter que des violences connues ne se répètent faute d’intervention efficace.

Volker Türk observe par ailleurs une augmentation notable des attaques dirigées contre les femmes en activité politique ou occupant une place visible sur la scène publique.
Il explique que de nombreuses femmes élues lui rapportent être quotidiennement ciblées par des propos misogynes, souvent diffusés en ligne. Ces attaques, qui se multiplient dans différents pays, ont pour effet d’entraver la participation politique et d’accroître une exposition à des violences multiples, allant du harcèlement à la menace ouverte.

Isabelle Lampart