« Une atteinte injustifiable à la liberté de la presse », des ostréiculteurs bloquent et incendient le siège du journal Midi Libre

Le quotidien régional Midi Libre a dénoncé une « atteinte injustifiable à la liberté de la presse » après une manifestation d’ostréiculteurs devant son siège de Saint-Jean-de-Védas, près de Montpellier, lundi 5 janvier au soir. Les protestataires contestent la couverture médiatique de l’interdiction sanitaire des huîtres et moules de l’étang de Thau, décidée fin décembre par les autorités.

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Une cinquantaine d’ostréiculteurs a incendié des palettes devant le portail du journal Midi Libre, mardi 5 janvier. © CAPTURE D’ÉCRAN/MIDI LIBRE

Un eénième atteinte à la liberté de la presse. Lundi 5 janvier, peu après 19 heures, une cinquantaine d’ostréiculteurs se sont rassemblés devant les locaux de Midi Libre à Saint-Jean-de-Védas, dans l’Hérault. Selon les informations rapportées mardi 6 janvier par des journalistes présents sur place, les manifestants ont brûlé des pneus et des palettes devant le portail du journal pour exprimer leur colère.

En cause, le traitement médiatique de l’interdiction de commercialisation des huîtres et des moules en provenance de l’étang de Thau. Les éleveurs reprochent au quotidien régional d’avoir relayé cette décision sanitaire, qu’ils estiment préjudiciable à leur activité et à leur image.

« Une vérité qui les dérange ? »

Dans ses colonnes, Midi Libre dénonce le blocage temporaire de ses locaux, des insultes visant ses salariés, ainsi que la dégradation du portail d’entrée du site. La rédaction estime que ces agissements constituent une remise en cause directe du travail journalistique. Le directeur de la rédaction, Olivier Marino, a réagi en rappelant le rôle du média régional face à une crise sanitaire.

« Rappeler l’interdiction sanitaire de consommer des huîtres du bassin de Thau n’est pas une opinion, c’est un devoir d’information et de santé publique. Que cherchent ces agresseurs en s’en prenant à notre journal ? Brûler une vérité qui les dérange ? Ce climat de haine, alimenté par ceux qui désignent la presse comme le bouc émissaire de leurs propres turpitudes, est devenu intolérable. Il est d’autant plus aberrant que nos rédactions se battent tous les jours pour défendre la cause de nos territoires et de ceux qui les font vivre. Hier, des agriculteurs. », a-t-il déclaré dans un editorial, en ajoutant : « Aujourd’hui, des ostréiculteurs. À quoi devons-nous nous attendre demain ? Au passage à tabac d’un journaliste pour une information qui “déplaît” ? Nous tenons à l’affirmer haut et fort : Midi Libre ne cédera rien. Informer n’est pas une option, c’est un rempart démocratique qui doit être plus que jamais soutenu, protégé et défendu par le plus grand nombre. »

La vente des coquillages issus du bassin de Thau a été interdite le 30 décembre par la préfecture de l’Hérault. Cette mesure est intervenue après les intempéries de décembre, qui ont entraîné des déversements d’eaux usées dans la lagune où sont cultivées les huîtres et les moules, rappelle ICI Hérault. Les autorités ont pris cette décision afin de prévenir tout risque pour les consommateurs. L’interdiction s’accompagnait d’un rappel des produits déjà mis sur le marché.

Une intervention des forces de l’ordre en fin de soirée

La manifestation s’est poursuivie plusieurs heures avant l’intervention des forces de l’ordre. Les gendarmes sont intervenus pour mettre fin au rassemblement et ont évacué les manifestants aux alentours de 23 h 30. Aucun blessé n’a été signalé.

« Les forces de l’ordre présentes sur place ont engagé des discussions avec les manifestants tandis que les pompiers attendaient leur feu vert pour intervenir. Des manifestants qui auraient déclaré leur intention de rester devant les grilles toute la nuit pour bloquer l’accès au journal et la distribution de nos éditions. Vers 23 h 30, une soixantaine de gendarmes mobiles sont intervenus pour empêcher les manifestants de continuer à alimenter les feux et permettre aux pompiers d’agir. Ils ont fini par convaincre les manifestants de quitter les lieux. », fait savoir le journal.

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