Sous un ciel d’automne clair, des centaines de pancartes et de drapeaux verts ont défilé samedi dans l’Oise. Près de deux mille manifestants, selon les organisateurs, un millier d’après la préfecture, ont répondu à l’appel de plusieurs collectifs écologistes, dont Les Soulèvements de la Seine, Extinction Rebellion et Mega Canal Non Merci. Tous réclament une chose : la suspension du chantier du canal Seine-Nord Europe.
La marche, encadrée par un important dispositif de sécurité, s’est déroulée dans une ambiance calme et musicale, portée par des fanfares et des marionnettes géantes en forme de libellules. À l’issue du cortège, deux personnes ont été interpellées, l’une pour port d’arme prohibé, l’autre pour dégradation de la voie publique, selon la préfecture.
Au bord du canal latéral à l’Oise, une trentaine de militants a choisi une action symbolique. En se jetant à l’eau, ils ont traversé le canal pour rejoindre le chantier de la future écluse de Montmacq. Là, ils ont brièvement déployé une banderole dénonçant le coût du projet avant de regagner la berge. « On cherche à montrer l’absurdité du projet », a déclaré Valentin, membre des Soulèvements de la Terre, estimant que ce canal « n’est pas viable économiquement ». Le militant plaide pour une remise à niveau du Canal du Nord et un investissement accru dans le fret ferroviaire.
Un projet jugé obsolète par ses détracteurs
Le canal Seine-Nord Europe doit relier la Seine à l’Escaut sur 107 kilomètres, créant une voie navigable à grand gabarit entre le bassin parisien et les ports du nord de l’Europe. Démarré en 2022, le chantier représente l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux de la décennie. Son coût, estimé à 5 milliards d’euros en 2019, devrait être revu à la hausse. Les financements proviennent de l’État, des collectivités locales et de l’Union européenne.
Pour les opposants, ce projet appartient à un autre temps. Ils dénoncent un impact environnemental considérable : 3 200 hectares de terres agricoles artificialisées, près de 300 espèces protégées menacées et une consommation d’eau jugée excessive. Les mesures de compensation proposées sont, selon eux, largement insuffisantes. Parmi les voix critiques, la chercheuse au CNRS et hydrologue Agnès Ducharne considère qu’il s’agit d’un « projet nuisible », tandis que l’élue écologiste Sandrine Rousseau, présente à la manifestation, a estimé qu’« on ne peut pas parler de projet écologique quand on choisit encore de bétonner ». Elle appelle à privilégier les circuits courts et à repenser la politique de transport à l’échelle nationale.
Du côté de ses promoteurs, le canal Seine-Nord Europe est présenté comme un outil majeur de transition écologique. En favorisant le transport fluvial, il réduirait la dépendance au transport routier, responsable d’une large part des émissions de gaz à effet de serre. L’ouvrage doit également faciliter la circulation des marchandises entre les grands ports européens — Le Havre, Dunkerque, Anvers ou Rotterdam — et les zones industrielles du nord de la France. Pour ses partisans, cette infrastructure représente une étape décisive dans la modernisation du réseau logistique européen et une réponse à la saturation du trafic routier.
