La justice va enquêter sur l’ancien directeur de Frontex, Fabrice Leggeri, après une plainte de la LDH pour « complicité de crimes contre l’humanité »

La cour d’appel de Paris a ordonné l’ouverture d’investigations visant l’eurodéputé RN Fabrice Leggeri, accusé par la Ligue des droits de l’homme de complicité de crimes contre l’humanité et de torture.

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French MEPs official portraits - 10th Parliamentary term.

Après deux ans de procédure, la plainte déposée par la Ligue des droits de l’homme (LDH) contre Fabrice Leggeri a franchi une nouvelle étape. La cour d’appel de Paris a décidé, le 18 mars dernier, qu’un juge d’instruction serait saisi pour enquêter sur les faits dénoncés. L’ancien directeur de l’agence européenne Frontex, aujourd’hui eurodéputé du parti d’extrême droite Rassemblement national, est visé pour des faits présumés de complicité de crimes contre l’humanité et de torture.

À la tête de Frontex entre 2015 et 2022, Fabrice Leggeri a été régulièrement critiqué par des ONG pour la gestion des opérations aux frontières de l’Union européenne. La LDH lui reproche d’avoir encouragé des pratiques visant à intercepter des embarcations de migrants et à faciliter leur refoulement, notamment vers la Libye ou la Grèce. Selon l’association, cette politique aurait contribué à des atteintes graves aux droits fondamentaux, au prix de vies humaines.

Une procédure judiciaire contestée

Initialement, le Parquet national antiterroriste s’était déclaré incompétent, estimant que les faits invoqués ne relevaient pas juridiquement des crimes contre l’humanité ou de la torture. Un juge d’instruction avait également jugé la plainte irrecevable. La chambre de l’instruction a finalement adopté une analyse différente, estimant qu’il y avait lieu d’ouvrir des investigations sur les faits exposés dans la plainte.

L’entourage de Fabrice Leggeri a indiqué qu’il n’avait pas été informé de cette décision et n’a pas souhaité commenter à ce stade. De son côté, l’avocat de la LDH a salué une décision importante, estimant que la justice allait pouvoir examiner la responsabilité éventuelle de l’ancien dirigeant dans les conséquences des politiques migratoires menées sous sa direction.

Selon l’Organisation internationale des migrations, plus de 82 000 migrants sont morts ou portés disparus depuis 2014, dont une grande partie en Méditerranée. Les ONG dénoncent notamment l’évolution des dispositifs de surveillance de Frontex, qui privilégieraient l’intervention de garde-côtes de pays tiers, comme la Libye, où les conditions de détention des migrants sont régulièrement dénoncées par les instances internationales.

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