Jack Lang, 86 ans, sera reçu dimanche par le Quai d’Orsay, principal financeur de l’Institut du monde arabe. L’annonce a été confirmée vendredi par le ministre Jean-Noël Barrot, en déplacement au Kurdistan irakien. « Il est convoqué par le ministère et sera reçu dimanche », a déclaré le ministre, qui précise que la priorité reste de garantir « le bon fonctionnement, la continuité et l’intégrité » de l’institution culturelle, alors que les éléments issus des dossiers publiés sont qualifiés d’« extrême gravité ». Jean-Noël Barrot a indiqué se réserver « toutes les options » quant à la poursuite du mandat de Jack Lang.
Le gouvernement n’exclut aucune issue sur la présidence de l’IMA
La polémique a pris de l’ampleur après la publication, le 30 janvier, de millions de documents par la justice américaine. Ces archives mentionnent à plusieurs reprises le nom de Jack Lang, cité 673 fois. Aucune charge ne pèse toutefois contre lui. L’ancien ministre a reconnu des liens passés avec Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019, mais affirme avoir ignoré son passé criminel lorsqu’il l’a rencontré il y a une quinzaine d’années, par l’intermédiaire du réalisateur Woody Allen. Mercredi, Jack Lang a exclu toute démission, évoquant sa « naïveté » face aux révélations.
Parmi les documents consultés par Déchiffreur figurent plusieurs messages décrivant une relation suivie entre les deux hommes. En 2017, l’homme d’affaires Etienne Binant, mécène de l’IMA, aurait écrit à Jeffrey Epstein que Jack Lang avait insisté pour sa présence à son anniversaire, précisant qu’il s’agissait d’une invitation réservée à un cercle intime. Dans un autre échange, Jack Lang aurait lui-même écrit : « Cher Jeffrey (…) votre générosité est infinie », avant de solliciter son aide pour un déplacement vers une fête organisée hors de Paris.
L’affaire a également des répercussions sur Caroline Lang, la fille de Jack Lang. Elle a démissionné lundi de la direction d’un syndicat de producteurs de cinéma, après des révélations concernant une société offshore fondée en 2016 avec Jeffrey Epstein. Interrogée sur BFMTV, elle a assuré que l’homme d’affaires n’était pas un intime, ajoutant qu’elle ne pouvait imaginer les crimes qui lui étaient reprochés, pas plus que son père.
Les appels au départ de Jack Lang se multiplient dans la classe politique, y compris parmi des personnalités issues de la gauche. Marine Tondelier, cheffe des Écologistes, a jugé sa démission « manifeste ». De son côté, Ségolène Royal a estimé que son départ « devrait aller de soi ». Au sein du parti présidentiel Renaissance, Renaud Muselier, ancien président de l’IMA, a également appelé Jack Lang à quitter ses fonctions. Créée en 1980, l’Institut du monde arabe est une fondation de droit privé, dirigée par Jack Lang depuis 2013. S’il a été proposé par les autorités françaises, sa nomination relève formellement du conseil d’administration, composé à parité d’ambassadeurs de pays arabes et de personnalités choisies par le Quai d’Orsay. Reconduit à plusieurs reprises, Jack Lang en est aujourd’hui à son quatrième mandat.
