Jack Lang annonce sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe sur fond d’affaire Epstein

Mis en cause après des révélations de Mediapart sur des liens financiers entre sa famille et Jeffrey Epstein, Jack Lang a annoncé, samedi 7 février, son départ de la présidence de l’Institut du monde arabe. Une décision prise alors qu’une enquête judiciaire est ouverte et que la pression politique s’était intensifiée ces derniers jours.

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Dessin et montage de Jack Lang, ancien président de l'Institut du Monde Arabe (IMA) © DECHIFFREUR / DA
Dessin et montage de Jack Lang, ancien président de l'Institut du Monde Arabe (IMA) © DECHIFFREUR / DA

Après plusieurs jours de controverse et de défense sur les plateaux de télévision et les ondes de radio, Jack Lang a finalement décidé de quitter ses fonctions à la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA). Selon une lettre adressée au ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot, l’ancien ministre de la culture a « proposé » sa démission. Le chef de la diplomatie française a indiqué « prendre acte » de cette décision, tout comme l’Élysée.

Président de l’IMA depuis 2013, Jack Lang avait dans un premier temps affirmé vouloir rester en poste malgré les critiques. Il avait néanmoins été convoqué au Quai d’Orsay, à la demande du président de la République et du premier ministre, afin de s’expliquer sur ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein. Dans son courrier, Jack Lang estime que le « climat actuel », fait selon lui « d’attaques personnelles, de soupçons et d’amalgames », est « délétère » et de nature à nuire à l’institution. Il précise proposer sa démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire, chargé également de désigner son successeur afin d’assurer la continuité de la gouvernance.

Placée sous la tutelle du ministère des affaires étrangères, l’Institut du monde arabe va désormais entrer dans une phase de transition. Jean-Noël Barrot a annoncé le lancement de la procédure visant à désigner un nouveau président ou une nouvelle présidente. Un conseil d’administration doit être convoqué sous sept jours pour nommer une direction par intérim.

Une enquête judiciaire ouverte par le Parquet national financier

Vendredi 6 février, le Parquet national financier (PNF) a annoncé l’ouverture d’une enquête pour blanchiment de fraude fiscale aggravée visant Jack Lang et sa fille, Caroline Lang, productrice de cinéma. Cette enquête fait suite aux révélations de Mediapart concernant des liens financiers entre la famille Lang et Jeffrey Epstein. Selon le PNF, une plainte a également été déposée par l’« association anticorruption AC !! ». En droit français, toute personne mise en cause bénéficie de la présomption d’innocence tant qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée. Le délit de blanchiment de fraude fiscale est passible de cinq ans d’emprisonnement, peine pouvant être portée à dix ans en cas de circonstances aggravantes, notamment lorsque les faits sont commis de manière organisée ou à travers une activité professionnelle.

Au cœur des investigations figure une société offshore, Prytanee LLC, créée en 2016 dans les îles Vierges américaines. Selon Mediapart, Caroline Lang détenait 50 % de cette structure aux côtés de Jeffrey Epstein, par l’intermédiaire d’un trust également domicilié dans ce territoire considéré comme un paradis fiscal. Cette société avait pour but la spéculation sur des œuvres d’art de jeunes artistes. Jeffrey Epstein aurait financé l’intégralité des investissements, tandis que de son côté, Caroline Lang apportait son expertise artistique. Prytanee LLC aurait été créditée de plus d’un million d’euros sur un compte bancaire à la Deutsche Bank. Caroline Lang a reconnu ne pas avoir déclaré l’existence de cette société à l’administration fiscale française. Jeffrey Epstein, retrouvé mort dans sa cellule à New York en août 2019, avait par ailleurs mentionné Caroline Lang dans un testament, lui promettant une somme de cinq millions de dollars, qu’elle n’a jamais perçue.

Plusieurs documents rendus publics par les autorités américaines laissent apparaître des échanges impliquant Jack Lang. Des courriels évoquent sa participation à des discussions autour de l’acquisition d’œuvres d’art et mentionnent un projet informel baptisé « Fonds Lang Art ». D’autres échanges montrent que Jeffrey Epstein aurait pris en charge certains déplacements de Jack Lang, avec chauffeur. L’ancien ministre n’a pas contesté ces éléments, expliquant qu’il s’agissait, selon lui, d’une dépense évitée pour l’Institut du monde arabe. Jack Lang a, à plusieurs reprises, démenti toute implication dans des activités illégales liées à Jeffrey Epstein. Avant Jack Lang, sa fille Caroline Lang avait déjà annoncé, le 2 février, sa démission de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma.

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