Incendie meurtrier à Crans-Montana : une enquête pénale vise les gérants du bar

Après l’incendie survenu dans la nuit du Nouvel An dans un bar de Crans-Montana, qui a coûté la vie à 40 personnes et fait 119 blessés, les autorités suisses ont ouvert une enquête pénale pour « homicide par négligence ».

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Un incendie meurtrier a frappé un bar de Crans-Montana dans la nuit du Nouvel-An.

La police cantonale du Valais et le bureau de la procureure générale ont annoncé l’ouverture d’une enquête pénale contre les deux gérants français du bar, Jacques et Jessica Moretti. Ils sont soupçonnés d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence, selon un communiqué diffusé samedi 3 janvier. L’enquête devra établir leur responsabilité dans le drame. À ce stade, aucune mesure de détention provisoire ni d’assignation à résidence n’a été prise à leur encontre, ont confirmé les autorités.

Présent sur les lieux, le ministre suisse de la Justice et de la Police, Beat Jans, a exprimé la profonde tristesse du pays face à la catastrophe. Dans le canton du Valais, plusieurs messes et rassemblements en hommage aux victimes ont été annoncés. En parallèle, de nombreux messages de solidarité circulent sur les réseaux sociaux, proposant un hébergement ou une aide logistique aux proches des victimes, ainsi qu’aux soignants et aux équipes de secours mobilisés à Crans-Montana et dans les villes où des blessés ont été admis, notamment à Genève, Lausanne et Zurich.

Les premières hypothèses sur l’origine de l’incendie

Selon la procureure Béatrice Pilloud, les premiers éléments laissent penser que le feu serait parti de bougies incandescentes ou de feux de Bengale placés sur des bouteilles de champagne. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent le moment où le plafond du sous-sol s’embrase, déclenchant une propagation très rapide des flammes dans un espace dont la capacité maximale était fixée à 300 personnes. Les enquêteurs s’intéressent également à la mousse acoustique installée au plafond.

Samedi, les autorités ont annoncé l’identification et la restitution aux familles des premiers corps. Il s’agit de quatre jeunes Suisses, deux jeunes femmes âgées de 21 et 16 ans et deux jeunes hommes de 18 et 16 ans. Parmi les 119 blessés recensés, 113 ont pu être formellement identifiés. Les victimes sont de plusieurs nationalités : suisses, françaises, italiennes et serbes, mais aussi belge, luxembourgeoise, polonaise, portugaise et bosniaque. Le ministère français des Affaires étrangères a indiqué que 16 ressortissants français figurent parmi les blessés.

Des dossiers ante mortem ont été ouverts pour les personnes toujours portées disparues, en lien avec plusieurs pays, dont la France, la Belgique, l’Italie, le Portugal, les Philippines, la Roumanie, la Serbie et la Turquie.

Des blessés pris en charge à l’étranger

Plusieurs patients souffrant de brûlures graves ont été transférés vers des hôpitaux spécialisés en France, en Belgique, en Allemagne et en Italie. En Lombardie, les autorités sanitaires ont annoncé l’arrivée imminente d’une adolescente de 15 ans, transportée par hélicoptère depuis Lausanne vers un centre hospitalier de Milan.

Deux autres jeunes, vraisemblablement de nationalité italienne, sont hospitalisés dans un centre spécialisé à Zurich. Leur identification reste difficile en raison de leur état médical, leurs visages étant entièrement bandés et leur communication impossible à ce stade.

Les contrôles des établissements publics questionnés

Le président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, a assuré qu’il n’y avait pas eu de laxisme de la part des autorités locales, tout en reconnaissant que ce drame pose la question du contrôle des établissements recevant du public.

Interrogé devant son domicile, le propriétaire du bar a demandé à être laissé à l’écart, déclarant être lui aussi en deuil. Il a rappelé que son établissement avait été contrôlé à plusieurs reprises au cours des dernières années et que, selon lui, tout avait été réalisé dans le respect des normes en vigueur. Au terme de l’instruction, le ministère public décidera soit de classer l’affaire, soit d’engager des poursuites formelles.