Garde à vue de Rima Hassan : le Conseil de déontologie journalistique appelle les médias à plus de rigueur dans le traitement des affaires judiciaires

Après la diffusion d’informations erronées sur la garde à vue de la députée européenne LFI Rima Hassan, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) a appelé, le 10 avril, à davantage de prudence dans la couverture médiatique des affaires judiciaires.

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Dessin de Rima Hassan ©DECHIFFREUR/DA
Dessin de Rima Hassan (LFI) ©DECHIFFREUR/DA

À la suite de la publication par Le Parisien, puis de sa reprise par de nombreux médias, dont BFMTV et CNews, d’une information depuis démentie évoquant la découverte de drogue lors de la garde à vue de Rima Hassan le 2 avril _ dans une affaire où elle est poursuivie pour apologie du terrorisme après la diffusion d’un message sur X relayant des propos du terroriste japonais Kōzō Okamoto, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) a appelé à davantage de prudence.

L’instance indépendante estime ce 10 avril, que cet épisode médiatique illustre les dérives possibles dans la couverture des affaires de police et de justice, et rappelle ses recommandations en matière de vérification et de traitement des sources. De son côté, l’observatoire indépendant des médias Acrimed titre ce 9 avril « Rima Hassan et “la drogue” : fiasco médiatique, apothéose du journalisme policier ».

Une information erronée largement relayée

L’information initiale, évoquant la présence de 3-MMC (une drogue de synthèse) dans les effets personnels de l’eurodéputée, a été relayée sans précaution par une large partie du paysage médiatique, des chaînes d’information en continu BFMTV à Cnews en passant les journaux télévisés de TF1 et France 2.

Durant plusieurs heures, des médias ont affirmé avec certitude la découverte de stupéfiants, s’appuyant sur des « sources proches de l’enquête », abandonnant rapidement le conditionnel, comme en témoigne les dizaines de bandeaux de BFMTV évoquant qu’il s’agissait bien de drogue de synthèse. Certains ont même évoqué des quantités précises ou ajouté la présence supposée de cannabis. Après de longues heures de fiasco, ces éléments se sont révélés inexacts. Le parquet de Paris a finalement indiqué que la substance en question était bien du CBD, comme l’avait indiqué Rima Hassan lors de la garde à vue et conférence de presse. Il a classé l’enquête sans suite en abandonnant les poursuites qui pesaient sur la députée européenne.

Illustration. © MONTAGE AMATEUR / CAPTURE D’ÉCRAN BFMTV

Selon Mediapart, malgré ce démenti judiciaire et scientifique, peu de médias ont reconnu explicitement leurs erreurs ou présenté des excuses, à l’antenne lorsqu’il s’agissait de médias audiovisuels. Interrogés par CheckNews (Libération), Le Parisien, l’AFP comme BFMTV estiment n’avoir rien à se reprocher. À France 2, un cadre précise auprès de Mediapart que le démenti de Rima Hassan avait été indiqué dans le sujet du « 20 heures ».

Le CDJM rappelle les règles fondamentales du journalisme

Dans cet épisode chaotique, le CDJM insiste sur plusieurs principes fondamentaux du journalisme. Il rappelle notamment la de croiser les sources et de ne pas se contenter d’informations issues d’un nombre limité d’interlocuteurs, même lorsqu’ils sont institutionnels ou dits « officiels » . L’organisme souligne également que la reprise d’informations publiées par d’autres médias ou agences de presse ne dispense pas d’un travail de vérification indépendant. Il rappelle également l’importance du respect du contradictoire lorsqu’une personne est mise en cause. Celle-ci doit pouvoir répondre aux accusations, directement ou par l’intermédiaire de son avocat. L’eurodéputée insoumise a annoncé que « des plaintes étaient à l’étude concernant les médias et personnalités ayant diffusé ces fausses informations ».

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