Deux associations portent plainte contre l’influenceur Cyril Schreiner après la mise en scène du faux enlèvement de son chien

L’influenceur Cyril Schreiner est visé par deux plaintes après avoir diffusé une série de vidéos mettant en scène un faux enlèvement de son chien. YouCare a été la première organisation à saisir la justice, suivie par l’association WAF, qui déplore une atteinte directe à la lutte contre les vols d’animaux.

Lecture 4 min.

Logo Cet article est en accès libre

© MONTAGE DÉCHIFFREUR AVEC PHOTOS CYRIL SCHREINER / DR

L’ONG YouCare a annoncé tôt ce matin avoir déposé plainte contre l’influenceur après la diffusion de vidéos dans lesquelles il affirmait, en larmes, que son chien « Albert » avait été enlevé. Selon l’organisation, cette mise en scène relève d’une « pratique commerciale trompeuse », notion encadrée par la loi du 9 juin 2023 sur les pratiques commerciales des influenceurs. Ce texte assimile les créateurs de contenus à des acteurs commerciaux soumis à des obligations de transparence. L’association rappelle qu’une manipulation de cette ampleur peut avoir généré des revenus estimés en « dizaines de milliers d’euros », une affirmation contestée par l’influenceur.

Une histoire montée de toutes pièces

Les vidéos publiées par Cyril Schreiner ont été partagées et suscitées l’inquiétude de nombreux internautes et associations. « Deux individus sont entrés chez moi. Ils ont emporté Albert et l’ont enlevé. Je n’ai plus aucune nouvelle de lui », affirmait-il, en pleurs, face caméra. L’influenceur avait ensuite diffusé des captures d’écran de son système de vidéosurveillance, présentées comme montrant la scène du rapt de son chien. Face aux incohérences relevées sur les réseaux sociaux par de nombreux internautes, l’influenceur a finalement reconnu avoir orchestré un faux enlèvement.

YouCare met en garde contre un risque d’accoutumance aux fausses alertes, souvent comparé à « l’histoire de celui qui criait au loup ». Selon l’ONG, la multiplication de mises en scène de ce type pourrait réduire la réactivité du public lors de véritables signalements de maltraitance ou de disparition. Dans un communiqué, Thomas Moreau, président de YouCare, insiste :
« Nous ne pouvons pas accepter que la souffrance animale, même simulée, devienne un levier marketing pour gonfler des statistiques publicitaires. Quand un influenceur ment sur un drame pour gagner de l’argent, il vole le temps et l’émotion de millions de personnes. Il affaiblit la portée des vrais appels à l’aide. Nous demandons à la justice de sanctionner fermement cette dérive pour éviter qu’elle ne devienne une mode. »

WAF dénonce un préjudice pour la lutte contre les vols d’animaux

WAF explique avoir proposé son aide à l’influenceur lorsque les premières vidéos ont circulé. Pour l’association, la mise en scène de l’influenceur « fragilise la prise de conscience des autorités » et « jette le discrédit sur les signalements authentiques ». Elle rappelle que l’enlèvement d’un animal est un événement traumatisant, vécu chaque année par plusieurs milliers de foyers. WAF a été auditionnée en décembre dernier à l’Assemblée nationale, aux côtés de la Fondation Brigitte Bardot, dans le cadre d’un groupe de travail visant à obtenir la requalification du « vol d’un animal » de compagnie en « vol aggravé ». Actuellement, ces actes restent assimilés à de simples vols d’objets.

Face à ce qu’elle considère comme une instrumentalisation préjudiciable de la cause animale, WAF a également mandaté son avocate en droit animalier pour déposer plainte auprès du procureur de la République.

Dans une prise de parole où transparaît autant la lassitude que la volonté de se justifier, Cyril Schreiner affirme avoir voulu « retrouver le goût des histoires » qu’il racontait « comme en 2016 », tout en niant avoir cherché à créer du buzz : « Je faisais déjà des millions de vues avant, je n’ai aucun intérêt à faire ça, financièrement parlant non plus. »

Déchiffreur