Dans le Var, un chasseur condamné pour destruction d’espèces protégées après la saisie de 600 oiseaux

Le tribunal correctionnel de Draguignan a reconnu coupable un chasseur impliqué dans un vaste dispositif de capture illégale d’oiseaux, découvert en novembre 2025 à Vérignon. Près de 600 spécimens avaient été saisis lors de l’intervention des autorités.

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© OFB / DR

L’enquête débute en octobre 2025, à la suite d’un signalement anonyme faisant état de captures illicites d’oiseaux dans la commune de Vérignon, dans le Var. Les faits concernent notamment des grives, mais aussi des espèces protégées comme les rouges-gorges et les mésanges.

Les investigations menées sur place mettent au jour un système organisé reposant sur l’utilisation de baguettes engluées et de dispositifs sonores diffusant en continu des chants d’oiseaux, destinés à attirer les migrateurs. Ces méthodes permettaient des captures répétées, parfois de plusieurs dizaines d’individus en quelques heures.

Une installation structurée découverte lors de la perquisition

Le 14 novembre 2025, une opération conjointe de la gendarmerie et de l’Office français de la biodiversité (OFB) conduit à une perquisition sur une parcelle entièrement clôturée. Les agents découvrent un dispositif de chasse particulièrement élaboré : une grande volière contenant des oiseaux vivants, près de 600 grives congelées, des mésanges mortes et une cinquantaine d’oiseaux vivants utilisés comme appelants. S’y ajoutent des pièges en fer, 70 baguettes de glu, des magnétophones disséminés dans les arbres, ainsi que des armes à feu non déclarées. Des constructions édifiées sans autorisation, dont des postes de chasse et un cabanon occupé plusieurs mois par an, sont également constatées.

L’audience s’est tenue le 19 février 2026 devant le tribunal correctionnel de Draguignan. L’association Stéphane Lamart, reconnue d’utilité publique et engagée dans la défense des droits des animaux, s’était constituée partie civile dans ce dossier. Représentée par son avocat, elle a mis en avant le caractère organisé, répété et lucratif des pratiques, ainsi que leur impact sur les populations d’oiseaux migrateurs et les espèces protégées. Le ministère public avait requis huit mois d’emprisonnement ferme, la confiscation des armes, un retrait du permis de chasser pendant cinq ans, ainsi que la publication du jugement.

Des indemnisations accordées à l’association qui s’est portée partie civile

Dans sa décision, le tribunal a rejeté une exception de nullité concernant l’interpellation, tout en annulant un procès-verbal concernant des infractions d’urbanisme. Le prévenu a été déclaré coupable des faits principaux. La juridiction a ordonné la remise en état des lieux dans un délai de deux mois et a décidé d’ajourner le prononcé de la peine au 18 juin 2026 afin de vérifier l’exécution de ces mesures.

Sur le plan civil, le tribunal a reconnu la recevabilité de l’association Stéphane Lamart et lui a accordé 5000 euros au titre du préjudice moral, 5000 euros supplémentaires pour le préjudice écologique ainsi que 1500 euros au titre des frais de procédure. Réagissant à cette affaire, Stéphane Lamart a dénoncé des pratiques en contradiction avec la protection de l’environnement :
« Certains se revendiquent comme les premiers protecteurs de la nature. La réalité révélée dans ce dossier démontre tout l’inverse. Derrière ce discours, il ne s’agit que d’une mascarade : la nature est exploitée, vidée de sa faune, saccagée au mépris des équilibres les plus élémentaires. Ce ne sont pas des actes de protection, mais de destruction. Chaque oiseau capturé, chaque espèce piégée, ce sont des vies anéanties. On ne protège pas la nature en la pillant ».

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