Coup de filet contre la DZ Mafia : 26 personnes mises en examen

Près de 900 gendarmes ont participé, en début de semaine, à une opération d’ampleur visant la DZ Mafia, organisation criminelle dominante dans le narcotrafic marseillais. Au total, 26 personnes ont été mises en examen, dont deux rappeurs et un avocat, tandis que plusieurs dirigeants présumés étaient déjà incarcérés. Les autorités parlent d’un coup important porté au groupe, sans pour autant évoquer sa disparition.

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Palais de Justice en France (illustration) © LE FACTUEL / LF
Palais de Justice en France (illustration) © LE FACTUEL / LF

Près de 900 gendarmes ont été mobilisés dans six départements pour interpeller une quarantaine de personnes soupçonnées d’appartenir ou de soutenir la DZ Mafia, un réseau criminel particulièrement influent à Marseille et dans plusieurs régions françaises . À l’issue de l’opération, 26 individus ont été mis en examen, dont 15 placés en détention provisoire.

Lors d’un point presse organisé samedi, le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, a insisté sur la réalité de cette organisation criminelle. Selon lui, la DZ Mafia est « tout sauf une construction policière ou journalistique ». Parmi les personnes poursuivies figurent neuf femmes, signe d’une « véritable féminisation du narcobanditisme », selon le magistrat français. Vingt des mis en cause sont originaires de la région marseillaise.

Une organisation structurée autour du narcotrafic

La DZ Mafia s’est imposée ces dernières années comme l’un des principaux acteurs du narcotrafic à Marseille. Le groupe tire son nom d’une référence à l’Algérie et s’est notamment fait connaître lors des violences liées à la guerre des gangs dans la ville en 2023.

Ce conflit l’opposait alors au clan Yoda, qu’il a finalement supplanté. Depuis, la région marseillaise connaît un calme relatif, lié selon les autorités à la situation de quasi-monopole exercée par ce réseau sur le trafic de drogue.

Selon les enquêteurs, l’organisation dispose aujourd’hui d’une structure capable de dépasser le seul trafic de stupéfiants. Le procureur évoque notamment l’existence d’une « branche armée » capable de projeter des équipes commando sur différents territoires afin de défendre les intérêts du groupe. Pour le colonel Olivier Leblanc, commandant de la section de recherches de la gendarmerie de Marseille, cette opération constitue « un coup supplémentaire », mais il serait « bien présomptueux » d’annoncer la fin de l’organisation.

Des soupçons de corruption et de nouvelles activités

L’enquête a également mis en lumière la capacité de corruption de l’organisation, liée à ses ressources financières importantes. Les investigations ont montré une diversification des activités criminelles, notamment dans le racket de commerces et celui de rappeurs, parfois dissimulé derrière des structures présentées comme des labels de production musicale.

Parmi les personnes mises en cause figurent deux artistes. Le rappeur Dika a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Originaire de la scène marseillaise, il totalise plusieurs millions de vues sur YouTube et a collaboré avec les rappeurs Naps et Alonzo.
Un autre rappeur, KITKVT, a quant à lui été placé en détention provisoire.

L’un des éléments les plus inhabituels de cette affaire concerne la mise en cause d’un avocat lyonnais, Kamel A., placé en détention à l’isolement. Il est soupçonné d’avoir été corrompu afin de permettre à un chef présumé de la DZ Mafia de communiquer avec l’extérieur depuis une prison de haute sécurité. Selon le procureur, une ligne téléphonique frauduleuse aurait été enregistrée comme étant celle de l’avocat. Le détenu aurait également pu transmettre des instructions via des courriers soumis au secret professionnel ou à travers l’utilisation de son ordinateur.

Le bâtonnier du barreau de Lyon, Hubert Mortemard de Boisse, a annoncé avoir saisi le Conseil de l’ordre afin qu’il examine une éventuelle interdiction d’exercice. Il a toutefois appelé à ne pas faire « d’amalgame » avec l’ensemble de la profession. Par ailleurs, des caméras de chasse ont été découvertes début mars aux abords de la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe, un élément qui intrigue également les enquêteurs.

Des profits considérables pour les dirigeants

L’opération a permis la saisie de 4 millions d’euros, de 12 biens immobiliers et de plusieurs objets de luxe. Les investigations ont également permis d’estimer les profits générés par l’organisation. Selon le parquet de Marseille, chaque cadre dirigeant aurait accumulé environ 300 000 euros de bénéfices nets par mois.

Malgré l’ampleur de l’opération judiciaire, les autorités restent prudentes. La DZ Mafia fonctionne, selon les enquêteurs, comme une structure mouvante, sans hiérarchie clairement établie, où de nouveaux membres peuvent s’agréger depuis la prison ou l’extérieur. « Ce n’est pas la fin », a résumé le procureur Nicolas Bessone, soulignant la nécessité de poursuivre les investigations pour affaiblir durablement ce réseau criminel.

Isabelle Lampart