Après la disparition de Madoua, la question d’une alerte nationale pour les personnes vulnérables se pose

La disparition de Madoua, un enfant autiste de 4 ans à Neuilly-Plaisance, relance la question des moyens d’alerte en cas de disparition d’une personne vulnérable. Plusieurs associations appellent à la création d’un dispositif national inspiré de l’Alerte Enlèvement.

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Madoua, de 4 ans, a disparu depuis le 25 février à à Neuilly-Plaisance. il est atteint d’un trouble autistique et ne s’exprime pas verbalement. © DOCUMENT DE LA FAMILLE
Madoua, 4 ans, a disparu depuis le 25 février à à Neuilly-Plaisance. il est atteint d’un trouble autistique et ne s’exprime pas verbalement. © DOCUMENT DE LA FAMILLE

La disparition de Madoua, un enfant autiste de 4 ans à Neuilly-Plaisance, en Seine-Saint-Denis, a suscité une forte mobilisation locale. Habitants, proches et bénévoles se sont relayés pour distribuer des affiches, organiser des battues et arpenter les rues dans l’espoir de retrouver l’enfant mineur. Une mobilisation citoyenne saluée par les locaux et certains élus présents, mais qui soulève aussi une question de fond : la France dispose-t-elle des outils adaptés pour répondre à la disparition de personnes particulièrement vulnérables ?

Car si le dispositif Alerte Enlèvement, créé en 2006, permet une large diffusion de l’information lorsqu’un mineur est victime d’un enlèvement, il ne peut être déclenché que dans des circonstances très précises. De nombreuses disparitions d’enfants autistes ou de personnes présentant des troubles du neurodéveloppement (TND) ne remplissent pas ces critères, même lorsque la situation représente un danger immédiat. Dans ces cas, la recherche repose largement sur l’action des forces de l’ordre, mais aussi sur la mobilisation spontanée des familles, des proches et des habitants.

Lors d’un rassemblement citoyen organisé le mercredi 4 mars à Neuilly-Plaisance pour soutenir les recherches de Madoua, Lynda Fekir, présidente de l’association All Inclusive et mère d’une fille lourdement handicapée, se questionne : « Pourquoi, encore aujourd’hui, ce sont les familles, les proches, les habitants qui s’épuisent à organiser les recherches, à imprimer des affiches, à arpenter les rues, alors qu’il s’agit d’une personne vulnérable dont chaque minute compte ? », a-t-elle déclaré. Invitée à prendre la parole devant les participants, elle a rappelé un combat porté par son association depuis plusieurs années. « Depuis 2021, nous demandons la mise en place d’un protocole national d’alerte pour les personnes vulnérables, sur le modèle de l’Alerte Enlèvement. On ne peut plus attendre un drame de plus pour agir. »

Pour les personnes vulnérables disparues, rien d’équivalent n’existe à l’échelle nationale. « Quand l’Alerte Enlèvement est déclenchée, toute la France est mobilisée. Les médias relaient immédiatement. Les panneaux autoroutiers diffusent l’alerte. Les téléphones vibrent. L’information circule partout, sans délai », a rappelé Lynda Fekir. « Pourquoi un enfant autiste de 4 ans ne bénéficierait-il pas de la même puissance de mobilisation ? » . L’association All Inclusive a publié une pétition pour demander la création d’un dispositif visant à protéger les personnes en situation de vulnérabilité.

Une pétition portée par des parents, des professionnels et de nombreuses associations du champ du handicap appelle le gouvernement à mettre en place des mesures concrètes pour mieux répondre aux disparitions de personnes vulnérables. Les signataires dénoncent l’absence de cadre spécifique lorsque disparaissent des enfants ou des adultes autistes, ou présentant une déficience intellectuelle, alors même que leur vulnérabilité (difficulté à communiquer, incapacité à demander de l’aide ou à percevoir le danger, risque accru d’accident ou de noyade) rend ces situations particulièrement alertantes. Le texte, qui a déjà recueilli plus de 20 000 signatures, réclame notamment la création d’un protocole national déclenché immédiatement lors d’un signalement, l’intégration de critères de vulnérabilité dans les dispositifs d’alerte existants, la formation des forces de l’ordre aux troubles du neurodéveloppement et un cadre juridique permettant une intervention rapide.

La prise de parole de Lynda Fekir s’est déroulée en présence d’élus locaux, dont le maire de la commune et plusieurs députés. Pour la présidente de l’association All Inclusive, la question est désormais clairement politique. « Je suis contente d’avoir pu le dire publiquement, surtout devant des députés et devant le maire. Ce sont nos élus qui ont la capacité de faire évoluer la loi, de porter un texte et de transformer une revendication citoyenne en dispositif concret », a-t-elle déclaré.

L’idée défendue par plusieurs associations serait la création d’une « alerte personnes vulnérables », déclenchable lorsque la disparition concerne une personne dont l’état de santé, l’âge ou un handicap expose à un danger immédiat. « On ne doit plus dépendre du hasard médiatique », insiste Lynda Fekir. « Une disparition de personne vulnérable doit déclencher automatiquement une mobilisation nationale coordonnée. On doit dépendre d’un protocole clair, automatique, à la hauteur de la fragilité de ces enfants », plaide la présidente d’All Inclusive. « Et j’espère sincèrement que cette fois, nous n’aurons pas à attendre un drame pour que les choses bougent. »

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