À Pau, François Bayrou fait rénover son bureau pour 40 000 euros

La mairie de Pau a validé en juillet la rénovation du bureau du maire François Bayrou, pour un montant de 40 000 euros financés sur fonds publics, révèle le site d'investigation Mediapart.

Le Premier ministre François Bayrou a dévoilé son plan budgétaire ce mardi 15 juillet, au cours d’une conférence de presse © Service d'information du Gouvernement / DR
Le Premier ministre François Bayrou a dévoilé son plan budgétaire ce mardi 15 juillet, au cours d’une conférence de presse © Service d'information du Gouvernement / DR

Alors qu’il enjoint les Français et les collectivités à « montrer l’exemple » face à la dette publique, François Bayrou s’est octroyé un luxe dont il se serait bien passé de la publicité. Selon des informations révélées par le journal d’investigation Mediapart, la mairie de Pau a validé en juillet la rénovation du bureau du maire François Bayrou, pour un montant de 40 000 euros financés sur fonds publics.

Une mairie surendettée

Depuis l’arrivée de François Bayrou à la mairie en 2014, la dette communale est passée de 60 millions d’euros à plus de 110 millions d’euros, soit 1 440 euros par habitant, selon les chiffres de Mediapart. La municipalité assure toutefois que la trajectoire est désormais « descendante » et que l’endettement reste comparable aux villes de même taille.

Le chantier, qui doit consister à remettre au jour le parquet d’origine, retirer câbles et climatiseur et moderniser les luminaires, est présenté sur le papier comme une « réfection patrimoniale ». Le permis de construire évoque même l’ambition de « redonner la splendeur » d’antan à cette pièce où François Bayrou aime contempler la vue sur les Pyrénées.

En réponse, la direction de la communication de la mairie a expliqué, auprès de Mediapart, que « la ville de Pau accorde une attention particulière à la protection de son patrimoine architectural, urbain et paysager, reflet précieux de son histoire et de son identité culturelle », et ajoute que « L’hôtel de ville constitue l’un des bâtiments emblématiques avec un fort enjeu patrimonial », a précisé le service de presse. Selon lui, il s’agirait d’une « réfection mineure » qui représente « 0,88 % du total des travaux réalisés au sein de l’hôtel de ville entre 2017 et 2024 ».

Le bureau le plus beau de la République

François Bayrou n’a jamais caché son attachement à ce bureau qu’il décrit comme « le plus beau de la République ». « Je n’y ai jamais rien changé, confiait-il en 2021. Je ne voulais pas qu’on dise que je m’occupais de moi avant de m’occuper des autres. »

Quatre ans plus tard, le contexte a changé. Cette dépense aurait pu passer inaperçue en d’autres temps, mais elle intervient alors que l’exécutif prépare un budget de rigueur inédit, et que François Bayrou, qui a fait de la rigueur budgétaire sa marque de fabrique, a choisi de jouer son avenir à Matignon lors d’un vote de confiance, prévu le 8 septembre prochain, consacré à la dette publique.

À Pau même, l’opposition écologiste grince des dents. « Ce montant permettrait de rétablir les subventions aux Restos du Cœur ou au Secours populaire, amputées en juin », déplore le conseiller municipal Jean-François Blanco. À gauche, de nombreux opposants à la politique du premier ministre ont également réagi.

François Ruffin, député de la Somme, a fustigé sur X « ces grands messieurs », parmi lesquels il cite aussi le président du Sénat Gérard Larcher, qui selon lui imposent l’austérité aux salariés et aux retraités tout en s’autorisant de telles dépenses. Dans un autre registre, Paul Vannier, député La France insoumise du Val-d’Oise, a choisi l’ironie en rappelant la justification donnée par le Premier ministre sur l’absence de concertation budgétaire en août : « Non, en août François Bayrou n’était pas en vacances », a-t-il écrit sur X. Emmanuel Duplessy, député Générations du Loiret, membre du groupe Écologistes, est allé plus loin en qualifiant le haut-commissaire au Plan de « Tartuffe ». Selon lui, François Bayrou, qui appelle à réduire les privilèges des élus et demande des efforts supplémentaires aux Français, se discrédite en finançant la rénovation de son bureau. « Rendons sa ‘splendeur’ à Matignon en l’en sortant ! », a-t-il insisté, toujours sur X.